Il y' a quelques temps, je pratiquais la musculation intensément, presque frénétiquement ; environ 5 heures par semaine. De nature relativement chétive, je pesais 58 kilos pour 1,71 mètres avant de commencer. La musculation m'a permis de développer une certaine implication, une certaine détermination qui finalement a transformé mon apparence physique. En 6 ans, j'ai pris plus de 20 kilos de muscle. Plus qu'une passion, cette pratique correspondait à un besoin, à un manque. Cette pratique m'a permis de me forger une certaine image. Jusqu'à ce qu'il y'a de cet instant de grâce.
Une nuit, il est apparu de manière bouleversante que je ce que j'étais réellement n'était ni « mesurable », ni « modifiable ». L'image qui se transformait de mois en mois (de "moi" en "moi" ?) était soumise à un devenir sans fin et condamnée à disparaître tôt ou tard ; Alors que ce que je suis réellement ne nécessite aucune transformation de par sa perfection et sa plénitude. Sans porter un jugement de valeurs concernant la musculation, je réalise aujourd'hui que ce qui me poussait à soulever toute cette fonte était une forme d'esclavage. Entraînements, protéines, pesages, autant de contraintes qui témoignaient de ma servitude à une image derrière laquelle je courais sans jamais la rattraper.
Quel soulagement de réaliser que ce visage qui m'observe tout les matins dans ma salle de bain n'est pas Moi. Quel soulagement de réaliser que notre fondement véritable ne se limite pas à un corps vieillissant, à une apparence, à un amas de chair. Ceci dit, j'insiste fortement sur le fait que je ne renie pas ce corps, il m'apparaît aujourd'hui dans toute sa perfection, tel qu'il est. C'est avant, en lui infligeant l'image que je voulais qu'il me renvoie que je le reniais.
J'aurais pu pratiquer la musculation pendant des siècles, le manque que je ressentais n'aurait pour autant jamais été comblé, sans la réalisation de cette nature incommensurable...